Les clefs de l'Amérique par Jean-Eric Branaa
Les clefs de l'Amériquepar Jean-Eric Branaa

L'affaire Russe (4): L'année 2017

20 janvier – Donald Trump est investi 45e président des États-Unis.

 

On pense alors que l’essentiel de l’affaire russe est derrière nous. Il reste quelques épisodes, qui tiennent davantage aux révélations qui proviennent des multiples enquêtes qui ont été lancées : par la commission judiciaire du sénat, par celle des affaires étrangères, par le FBI ou d’autres agences de renseignements, et surtout par la presse d’investigation qui se livre à une véritable course et à une vraie concurrence : les Washington Post et le New York Times, en particulier, renforcent leurs équipes et multiplient les papiers.

Tout le monde va être servi avec un évènement qui remet de l’huile sur le feu : le 13 février, on apprend la démission de Michael Flynn de son poste de conseiller à la sécurité nationale. Beaucoup pensent alors que cela crédibilise toutes les attaques contre Trump et qu’il est forcément impliqué dans une collusion avec les Russes.

Quinze jours plus tard, le 2 mars 2017, alors que rien n’a eu le temps de se calmer, le ministre de la justice Jeff Sessions est à son tour accusé de collusion avec des officiels russes. Il annonce qu’il se retire de toute enquête sur les interférences russes dans l’élection américaine. C’est une procédure normale à ce stade mais elle renforce les rumeurs.<< Nouvelle zone de texte >>

L’affaire devient critique le 9 mai : Donald Trump limoge le directeur du FBI, James Comey. La Maison-Blanche justifie cette décision par les ratés de l’enquête du FBI sur les courriels non sécurisés d’Hillary Clinton.

L’affaire a alors plongé dans une nouvelle dimension, dans laquelle s’est mêlé le passé de Donald Trump à la tête d’une émission de télé-réalité (on a allègrement commenté  le « You’re Fired »), mais aussi l’imaginaire des films d’espionnage à la James Bond, la crise politique, l’abus présumé de pouvoir : dans un tel chaos on n’a plus parlé que d’Impeachment.

15 mai – Selon The Washington Post, Donald Trump aurait communiqué des information top au ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, et à l’ambassadeur de Russie lors de leur visite à la Maison-Blanche.

17 mai L’ancien directeur du FBI, Robert Mueller, est nommé procureur chargé d’enquêter sur le rôle de la Russie dans l’élection de 2016. Pour la presse américaine, il pourrait être “le pire cauchemar” de Trump.

Le 25 mai, le Washington Post rapporte que Jared Kushner a été identifié par le FBI comme un personnage clé dans l’enquête sur les liens avec la Russie, notamment pour ses contacts avec l’ambassadeur russe à Washington.

Le 8 juin, James Comey, évincé par Donald Trump de son poste de directeur du FBI, témoigne devant la commission du Sénat sur le renseignement. Son récit de ses interactions avec le président pourrait conduire à “une possible accusation d’entrave à la justice”, estime le Washington Post. Pourtant, on retient aussi que James Comey a déclaré que le président n’a fait l’objet d’aucune directe le visant, de la part du FBI. Une vraie victoire pour le locataire de la Maison-Blanche.

Le 13 juin, Jeff Sessions, ministre de la Justice, est entendu à son tour par la commission du Sénat sur le renseignement. Un témoignage qui ne fait guère avancer l’affaire.

La période du 8 au 11 juillet est à nouveau très tendue : Le fils aîné de Trump, Donald Trump Jr., est à son tour impliqué dans l’affaire après les révélations successives du New York Times sur sa rencontre avec une avocate russe en juin 2016. La presse pro-trump se déchaine contre les “Fake News” mais l’intéressé finit par admettre que tout est vrai et publie ce qu’il déclare être le dossier complet de tous ses échanges emails.

16 juillet 2017: L'avocat personnel du président Trump, Jay Sekulow, apparaît dans ABC This Week et tente de porter secours à Kushner et Trump Jr en contrattaquant contre les services secrets: "Si cela était si problématique, pourquoi les services secrets ont permis que tous ces gens se rencontrent et ont laissé faire sans intervenir ?"

Le 19 juillet 2017, dans une interview avec le New York Times, Trump s’en prend à son ministre de la justice Jeff Sessions, disant qu'il n'aurait pas dû se récuser de l'enquête russe et que "s'il allait se récuser, il aurait dû me le dire avant de prendre le travail, et j'aurais choisi quelqu'un d'autre. "

Le 20 juillet 2017, des sources médiatiques rapportent que le procureur spécial Mueller enquête sur les finances de Trump, ce que le président a appelé la "ligne rouge". D'autres articles indiquent que les avocats de Trump étudient la capacité de Trump à accorder son pardon, comme le lui permet la Constitution, mais ce serait ici  pour les membres de sa famille et peut-être même à lui-même, un cas qui ne s’est jamais produit et pour lequel les constitutionnalistes  n’ont aucune idée de ce que serait la réaction de la Cour suprême.

Le 24 juillet 2017, le gendre de Trump, Jared Kushner, publie une déclaration avant de participer à une réunion à huis clos avec le Congrès sur la question russe.

 

Son communiqué affirme qu'il n'a pas lu la partie du courrier électronique indiquant que le but de la réunion du 9 juin 2016 était d'obtenir des informations hautement sensibles nuisibles à la campagne de Clinton et qui proviendraient du gouvernement russe.

 

Cependant, il prétend être arrivé en retard et que, comme la discussion sur les adoptions russes l’ennuyait, il a envoyé un courriel à sa secrétaire lui demandant de l'appeler pour lui donner une excuse pour partir.  

26 juillet 2017: Le FBI débarque avant l'aube dans la maison de Paul Manafort avec un mandat de perquisition. Dans plusieurs tweets qui suivront quelques heures plus tard, Trump critique son ministre de la justice Jeff Sessions pour ne pas avoir congédié le directeur par intérim du FBI. 

27 juillet 2017: Par un vote écrasant de 98-2, le Sénat adopte un projet de loi visant à imposer de nouvelle sanction à la Russie et prévoit qu’il est impossible pour le président Trump d'annuler unilatéralement ces sanctions. Le même projet de loi avait déjà été adopté à la Chambre par un vote incroyable de 419-3.

 

On a affaire à une défiance claire du Congrès qui indique qu’il ne fait pas confiance au président en ce qui concerne la politique étrangère, en particulier en ce qui concerne la Russie.

Le 31 juillet 2017, le Washington Post rapporte que le président Trump a dicté la fausse déclaration initiale de son fils, Trump Junior, selon laquelle sa rencontre du 9 juin 2016 avec des Russes portait sur l'adoption d'enfants russes.

 

L'avocat de Trump avait auparavant catégoriquement nié que le président avait un rôle dans la rédaction de la déclaration en disant "Je n'étais pas du tout impliqué dans la rédaction de la déclaration, pas plus que le président".  

Le 3 août 2017, on a appris que le procureur spécial Mueller a constitué un grand jury pour son enquête sur l'ingérence de la Russie dans les élections. Cela lui permet de pousser plus loin ses investigations.

Lors d'un meeting en Virginie-Occidentale Trump déclare que l'enquête est "totalement inventé" et une "fabrication complète", conçue pour être une excuse pour Hillary lorsqu’elle a perdu l'élection.   

Le 18 septembre 2017, CNN rapporte qu'à divers moments de 2014 à début 2017, l'ancien président de la campagne Trump, Paul Manafort, a été mis sur écoute, en vertu d'un mandat de la FISA, en raison de ses liens suspects avec les Russes. La surveillance a été suspendue pour une partie de 2016 en raison du manque de preuves, mais a repris plus tard.   

Le 19 septembre 2017, le New York Times rapporte que les procureurs fédéraux ont indiqué à Paul Manafort qu’il devait s'attendre une mise en accusation.

24 octobre : Dans l'affaire russe, le camp Trump contrattaque en dénonçant la prise de contrôle à 20% d'une mine d'uranium par les russes en 2010. Rober Mueller (le procureur indépendant qui enquête sur l'affaire russe) est directement visé car il était directeur du FBI à cette époque-là et aurait dû alerter les autorités, selon ceux qui le mettent en cause. Sur Fox News, Sean Hannity demande sa démission immédiate.

Le 25 octobre, contrattaques tout azimut : l'affaire des douches dorées ressurgit et le montage du dossier aurait été financé par la champagne Clinton et le DNC, le parti démocrate.

 

Le 27 octobre, on apprend que le procureur Mueller à obtenu l'autorisation du Grand Jury de procéder à des inculpations. Des arrestations sont annoncées pour le lundi suivant.

 

Le 30 octobre : comme prévu, Paul Manafort est inculpé, notamment de fraude fiscale et de complot contre les Etats-Unis, parmi 12 chefs d'inculpations. Il risque 15 ans de prison et est assigné à résidence. Avec lui, Rick Gates, un de ses partenaires commerciaux est également inculpé.

On est en revanche surpris par l'apparition d'un troisième homme –et troisième inculpé du jour–, George Papadopoulos, que personne ne connaissait. Il a vaguement participé à la campagne Trump. Mais des emails échangés avec des autorités russes tendent à faire penser qu'il a servi de lien pour tenter de joindre Donald Trump en personne. Il plaide coupable et déclare avoir menti au FBI. Il déclare aussi que les révélations qu'il a faites ne sont rien par rapport à ce qu'il sait. L'affaire est donc relancée.

Le 1er novembre 2017, la commission du Sénat américain sur le renseignement entendra en audition publique, des représentants de Google, Facebook et Twitter. Leurs témoignages a paru nécessaire pour éclairer sur une éventuelle influence de la Russie dans l'élection de Donald Trump en 2016. Il s'agit de déterminer si oui ou non - et si oui dans quelle mesure - les grands réseaux sociaux, tels Facebook ou Twitter, ont pu être utilisés par la Russie pour favoriser la défaite d'Hillary Clinton et l'élection de Donald Trump à la Maison Blanche.

Pour l'analyse lire TRUMPLAND : portrait d'une Amérique divisée, pages 371 à 404.

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