Les clefs de l'Amérique par Jean-Eric Branaa
Les clefs de l'Amériquepar Jean-Eric Branaa

La présidence de Donald Trump      1/2

La 45ème présidence est véritablement celle du paradoxe. Personne n’imaginait cet homme à la tête du pays le plus puissant de la planète. Et il faut reconnaître que sa gouvernance nous laisse une impression de chaos incessant. On observe que les événements les plus tragiques, les plus graves ou les plus sérieux sont sans cesse contrebalancés par des faits qui auraient dû être sans importance, ou bien moindre en tout cas, mais qui se répandent dans nos journaux sans plus de retenus ni de filtres. Il n’y a plus de hiérarchisation des informations, tout est mis au même niveau, et tout s’emballe sans cesse. Une vraie course contre la montre, contre le temps pour qui veut observer, suivre et comprendre : on ne s’arrête jamais, et cette présidence est hyper active.

 

Et pourtant, on nous dit le plus souvent que cet homme là n’a rien fait depuis qu’il est là.

 

On nous dit aussi qu’il s’écroule dans les sondages, mais on nous l’a tellement dit qu’il ne devrait plus rien rester de ses soutiens.

 

Et pourtant, et c'est là encore un paradoxe : sa côte en réalité, ne bouge quasiment pas et ses soutiens restent fermement derrière lui, à le soutenir.

 

L’Amérique vit un moment étonnant.

 

Voici donc un regard chronologique sur les faits, ce qui n’est déjà pas une petite affaire. A partir de cette lecture, chacun se fera son opinion.

20 janvier 2017 : la cérémonie d’investiture

 

Dans son 1er discours, le président Trump a promis de privilégier « l’Amérique d’abord » et de rendre le pouvoir au peuple. Dans un tweet il a déclaré que l’histoire se souviendra de cette journée comme de celle où le pouvoir a été rendu au peuple.

 

Cette première journée a été marquée par la signature du 1er décret présidentiel, ordonnant l’abrogation de l’Obamacare et mandatant le Congrès pour voter un nouveau système : « le plus beau et le meilleur système de santé qui n’ait jamais existé ».

Des milliers de supporters du président se sont pressés à Washington DC pour assister à l’Investiture, le plus souvent en portant une casquette rouge sur laquelle on pouvait lire les 4 mots du slogan de leur champion : « Make America Great Again. » Ils étaient entre 700 000 et 900 000 pour ce moment historique, d’après la Maison-Blanche, à laisser éclater leur joie, même si la pluie et le froid ont un peu gâché la fête. Les artistes ont de plus aussi majoritairement refusé de participer, ce qui a empêché Donald Trump de proposer la "plus grande fête d'investiture" promise.

21 janvier 2017 : 1ère manifestation

 

Dans la plupart des villes américaines, qu’elles soient grandes ou petites, des millions de femmes sont descendues dans la rue pour manifester leur mécontentement et leur rejet de ce président. On attendait 200 000 manifestants : elles ont été plus de 3 millions, à travers tout le pays.

22 janvier 2017 : Apparition des fake news

 

On parle beaucoup aujourd’hui des fake news, des faits alternatifs, c’est une sorte d’ovni politique. Le 22 janvier, c’est la directrice de  communication de la Maison-Blanche qui a jeté un pavé dans la mare en qualifiant la foule présente le jour de l’investiture de « plus grande foule qu’on ait jamais vue » dans une manifestation, non seulement aux Etats-Unis, mais également à travers le monde. Or pour tous les experts, la foule ne dépassait pas 200 000 personnes ce jour-là.

Les 22 et 23 janvier, les journaux ont eu de quoi faire leurs gros titres : le 22, on a pu lire un tweet incendiaire contre les manifestants de la veille, ce qui rompait avec toutes les traditions de tous les présidents.  Ce tweet étonnant a été corrigé le lendemain, quand le nouveau président a reconnu que les citoyens avaient le droit de manifester.

Le 23, Donald Trump a aussi annoncé le retrait des Etats-Unis du TPP, le traité commercial Trans-Pacifique; créant une panique dans le monde entier. Tout le monde y a vu une révolution dans les comportements américains. L'Amérique allait-elle véritablement devenir isolationniste?

La côte de popularité de Donald Trump a plongé immédiatement. En revanche celles des deux femmes de sa vie, son épouse et sa fille, se sont envolées dès les premiers jours de la présidence.  Cela ne s’est pas démenti jusqu’à aujourd’hui* pour Melania. Ivanka, en revanche, est vite devenue impopulaire à son tour.

 

Au 3e jour de sa présidence, Donald Trump a enregistré une popularité stable, mais très basse, autour de 45%.

24 au 27 janvier 2017 : Toujours en campagne ?

 

Alors qu’on cherchait les signes d’une présidence qui s’apaise, ces trois jours ont été au contraire très agités. Là encore, les tweets présidentiels ont orchestré le chaos avec un message sur le taux de criminalité à Chicago le 24, un sur la libération de prison du transsexuel Chelsea Manning le 26, puis l’affirmation que "des millions de personnes ont voté illégalement" le 27.

Les journaux n’ont toutefois pas eu le temps de les commenter, car les nouvelles venant de la Maison-Blanche étaient encore plus extraordinaires : le 25, le président a signé un décret pour lancer la construction du mur à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, mais aussi pour pour retirer le financement fédéral aux villes qui protègent des immigrants illégaux.

Le 26, le président mexicain Pena Nieto a annulé sa visite au président américain. Le lendemain, Donald Trump a demandé l‘ouverture d’une grande enquête sur la fraude électorale aux Etats-Unis et sur le vote des immigrants illégaux.

Le 27, Theresa May a été la première cheffe de gouvernement européen à rencontrer le nouveau président et elle a été vertement critiquée pour cela. Pendant leur conférence de presse commune, Donald Trump a déclaré que les relations dans le monde allaient changer et qu’il espérait notamment avoir « une relation fantastique » avec Vladimir Poutine.

 

Ce même jour, le président américain a signé un décret mettant fin au programme d’accueil des refugiés aux Etats-Unis.

28 janvier 2017 : Muslim ban

 

Tout le monde se souvient du 28 janvier, car c’est le jour où a été signé le décret mettant en place une interdiction de voyage pour les ressortissants de sept pays pendant 90 jours. On l’a aussitôt appelé le Muslim ban (l’interdiction des Musulmans).

Des centaines de passagers ont aussitôt été bloqués dans les aéroports car l’ordre présidentiel a été applicable dès qu’il a été signé, ce qui a créé une panique sans précédent.

En réponse, des manifestations ont été organisées non seulement aux Etats-Unis, mais aussi partout dans le monde.

Un grand débat s’est instauré dans la société américaine sur ce que cela signifie d’être américain. La vision d’une société ouverte aux immigrants a volé en éclat, et la fracture s'est faite béante entre deux visions, une prônant l’ouverture et l’autre le repli sur soi-même.

 

L’Iran a aussitôt interdit l’entrée de son territoire aux Américains en signe de représailles.

30-31 janvier 2017 : Envers et contre tous

 

Imperméable à la rage qu’il a causée avec son décret migratoire, le nouveau président a continué à signer des décrets. Ainsi, le 30 janvier un décret a demandé à toutes les administrations de simplifier les règles administratives et de supprimer deux lois ou régulations à chaque fois qu’elles veulent en créer une nouvelle.

 

Ce même jour, la ministre de la justice, Sally Yates, qui était toujours en place en attendant la nomination et la confirmation de son remplaçant, a été renvoyée de son poste après avoir critiqué le président et son décret migratoire.

Une des promesses phares de la campagne était de choisir un juge de la Cour Suprême qui soit un vrai conservateur. Cette nomination est intervenue très rapidement, car Neil Gorsuch a été nommé dès le 30 janvier.

1er février 2017 : problèmes avec l’Iran

 

Le général Flynn, en charge de la sécurité intérieure, a dénoncé le test nucléaire conduit par l’Iran la veille. Il l’a qualifié de provocation. Pour les Américains, ce test a été une violation de la résolution du Conseil de Sécurité de 2015.

 

Le 3 février, les Etats-Unis ont annoncé qu’ils imposaient de nouvelles sanctions à l’Iran.

1ère crise

Du 3 au  17 février 2017 : immigration et tensions

 

Un juge fédéral d’Hawaii a bloqué le décret migratoire de Donald Trump. Celui-ci a réagi par tweet, dénonçant le pouvoir exorbitant des juges qui l’empêchent de gouverner.

Sa côte de popularité, qui était montée jusqu’à 48%, a accusé sa première chute importante pour se stabiliser autour de 43%. Sa côte d’impopularité, en revanche, a bondi à 50%.

 

Le 7 février, une difficulté avec son propre camp a obligé le vice-président, Mike Pence, à aller voter au Sénat pour obtenir la confirmation de la ministre de l’éducation, Betsy DeVos.

Ce même jour, dans une attitude très inhabituelle au Sénat, le président de la majorité, Mitch McConnell, a interrompu Elisabeth Warren alors qu’elle faisait une intervention en opposition à la nomination de Jeff Session au poste de ministre de la justice et lui a interdit de reprendre la parole (au nom de la règle XIX qui interdit d’accuser sans preuve un collègue d’un acte délictueux).

 

Le 8 février, le président s’est déchainé contre les Cours de justice dans ses tweets.

 

Le 9 février, la Cour d’Appel de San Francisco a confirmé le blocage du décret migratoire.

Mais il faut relever que les Américains n’ont pas vécu tous ces événements de façon négative car un sondage réalisé par Emerson College, rendu public le 9 février, a indiqué que 49% d’entre eux croyaient davantage le président que la presse (à peine 39%). Plus étonnant, 90% des Républicains ont déclaré croire le président alors qu’avec les Démocrates, le résultat a été exactement l’inverse. Bref une autre division profonde.

 

Le 11 février on a continué à observer les premiers pas de Donald Trump en politique étrangère, alors que la Corée du Nord a effectué un essai de missile nucléaire. Le président américain s’est alors déclaré 100% derrière le Japon, « ce grand allié de l’Amérique ».

 

Deux jours plus tard, il a rencontré Justin Trudeau, le premier ministre canadien, pour la première fois.

 

Le 13 février, Michael Flynn a également été obligé de démissionner de son poste de conseiller à la sécurité intérieure, après des révélations sur des liens qu’il aurait eus avec la Russie. Cette démission a été accompagnée par deux débats qui prendront beaucoup d’importance dans les mois qui suivront : un sur les Fake News et un autre sur les fuites en provenance de l’entourage du président pour des révélations que l’on retrouve imprimées dans les journaux.

L’ambiance s’est alors dégradée entre le président et les médias, et le 16 février, lors d’une conférence de presse mémorable, Donald Trump s’en est très vertement pris à la presse « malhonnête » et « hors de tout contrôle ». C’est un problème qui ressurgit régulièrement depuis.  Une autre division importante dans cette société.

 

La côte du président a alors encore chuté à 40 % de bonnes opinions. 

 

Le 17, Donald Trump a lancé le slogan « Achetons Américain, et embauchons Américain » lors d’une visite de l’usine Boeing, à Charleston, en Caroline du Sud.

Du 18 au 28 février 2017 : climat de campagne

 

Le président s’est lancé dans une tournée de remerciements à travers les Etats qu’il a remportés, ce qui a fortement ressemblé à une nouvelle campagne électorale, avec de grands meetings dans lesquels il a pris la parole sur le même ton qu’il utilisait lorsqu’il était candidat et avec les mêmes thèmes.

 

Le 18, lors de son meeting en Floride, il s’en est pris, une nouvelle fois, aux médias de façon très violente.

Du 1er au 6 mars 2017 : scandales

 

L’embellie a toutefois été de très courte durée : dès le 1er mars, on apprenait que Jeff Sessions, le ministre de la justice, était concerné par l’enquête russe, et Donald Trump contrattaquait aussitôt en accusant Barack Obama de l’avoir mis sur écoute pendant la campagne. Une vraie odeur de MacCarthysme ou de Watergate qui a fait réagir les commentateurs et a mis sur la place publique l’idée d’un impeachment, cette procédure qui peut conduire à une destitution.

 

Donald Trump s’est livré à une véritable campagne par tweets interposés. Du jamais vu de la part d’un président en exercice.

Du 6 au 10 mars 2017 : Obamacare

 

Aucune journée n’a offert de répit à un observateur de la vie américaine. Le 6, Donald Trump a signé un nouveau décret, modifiant son décret migratoire précédent, en retirant l’Iraq de la liste des pays concernés. Le 10, les premiers chiffres de l’emploi de l’ère Trump ont été très bons, et Trump ne s'est pas privé de largement faire savoir que le taux de chômage était tombé à 4,7% et que le pays avait créé 235 000 emplois en février.

Mais c’est la question de la réforme de l’Obamacare qui a tout dominé, tant cette promesse était emblématique. Le candidat avait promis une réforme fabuleuse qui rendrait les gens heureux. La proposition des Républicains a été révélée le 6 mars par le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, qui a fait une démonstration avec Powerpoint devant la presse trois jours plus tard.

Du 11 au 22 mars 2017 : pas un instant de répit

 

Le 11 mars, Preet Bharara, le procureur des Etats-Unis pour le District de New York – qu’on appelle plus généralement "le sheriff de Wall Street", a été viré par Donald Trump après avoir refusé de démissionner. Cela a fait beaucoup parler parce que Donald Trump avait été le présentateur de l’émission de télé-réalité The Apprentice, dans laquelle les candidats se font virer les uns après les autres et où Donald Trump prononçait ces mots : « You’re fired ». On ne savait pas alors que, avec Sally Yates, ils n’étaient que les premiers d’une liste qui allait s’allonger très vite.

 

Le 13 mars, un juge fédéral d’Hawaii a bloqué le nouveau décret migratoire.

 

Le 18 mars, le président américain a reçu Angela Merkel, la chancelière allemande, et a refusé de lui serrer la main devant les caméras.

 

Le 20 mars, les accusations sur une collusion entre la Russie et la campagne de Trump se sont faites plus insistantes et le directeur du FBI, James Comey, a confirmé qu’il y avait une enquête ouverte en ce sens. Le 21 mars, les accusations se sont portées sur Paul Manafort, l’ancien directeur de la campagne de Donald Trump, qui aurait gagné plusieurs millions de dollars sans les déclarer, en travaillant pour des intérêts russes.

 

Le 21 mars, Neil Gorsuch a été entendu par le Sénat pour sa confirmation et a déclaré ne pas vouloir toucher au droit à l’avortement « Si Trump m’avait demandé de revenir sur Roe v. Wade, j’aurais aussitôt quitté la pièce,» a-t-il dit.

 

Ce même 21 mars, on a appris qu’Ivanka, la propre fille du président, allait avoir un rôle plus important à la Maison-Blanche, comme conseillère du président, mais sans titre officiel.

 

Toujours le 21 mars, le président annonce que la NASA allait reprendre la conquête spatiale et explorer Mars.

3ème crise

Du 22 au 26 mars 2017 : échec sur l’obamacare

 

Le 21 mars, le président tweete à destination des élus républicains : « beaucoup d’entre vous perdront leur siège si cette loi ne passe pas. »  Pourtant, très vite, les élus les plus conservateurs, regroupés sous le label de Freedom Caucus (le caucus de la Liberté), font savoir qu’ils ne souhaitent pas voter une quelconque réforme ; ils veulent juste l’abrogation de celle qui existe, sans la remplacer par quoi que ce soit. Ils sont contre la pression fiscale et veulent laisser le choix à chacun de s’assurer ou pas.

 

Le vote est repoussé une première fois, afin de tenter de les convaincre mais, le 23 mars, Paul Ryan va finalement convaincre Donald Trump de ne pas insister.

 

La sanction des électeurs est immédiate et c’est une nouvelle chute dans les sondages :
– 5 points, et la chute se prolonge jusqu’au 4 avril.

Le 29 mars, Ivanka fait savoir qu’elle accepte un rôle officiel à la Maison-Blanche, déclenchant aussitôt les critiques de népotisme, même si elle occupe cette fonction sans être rémunérée.

2ème remontée

du 2 au 14 avril 2017 : victoires à l’extérieur

 

Pendant une dizaine de jours, les questions internationales prennent une grande importance dans le pays. Pour commencer, le 4 avril, Rex Tillerson, le ministre des affaires étrangères, indique que « toutes les options sont sur la table en ce qui concerne la Corée du Nord », après que Kim Jung-Un a ordonné un nouveau tir de missiles balistiques.

Le 4 avril, la Maison-Blanche accuse Bachar al Assad d’avoir utilisé des armes chimiques en Syrie et, deux jours plus tard, Donald Trump annonce sur twitter qu’il a ordonné une frappe militaire en Syrie.

 

Le 9 avril, un sondage (HuffPost/YouGov) indique que les Américains approuvent majoritairement cette opération militaire. Ils ne sont que 32% à y être opposés.

 

Le 11 avril, Trump appelle la Chine à coopérer pour régler le problème en Corée du Nord mais prévient que les Américains le feront seuls si nécessaire.

 

Le 13 avril, il indique que tout va bien avec la Russie et que les choses vont aller encore mieux dans l’avenir.

Ce même jour, les Etats-Unis bombardent l’Afghanistan avec « la mère de toutes les bombes », la bombe GBU-43, à savoir la plus grosse bombe non-nucléaire jamais larguée à ce jour. Des grottes ont été visées, et les Américains déclarent avoir atteint leur cible et tué des dizaines de djihadistes.

 

La côte de Donald Trump bondit pendant cette période : il remonte de 5 points.

Du 15 au 30 avril 2017 : tout est à refaire

 

Le Parti démocrate et l’opposition au président de façon générale ne se laissent pas impressionner et, le 16 avril, organisent une série de manifestations à travers le pays pour exiger du président qu’il publie sa feuille d’impôts, ce qu’il a toujours refusé de faire.

 

La côte du président rechute alors aussi rapidement qu’elle était montée.

 

Le 18 avril, le président signe le décret « Achetez Américain, embauchez Américain ».

 

Le 24 avril, les sondages ne sont pas meilleurs mais l’un d’entre eux indique que seuls 2% des électeurs de Donald Trump regrettent leur vote : ce plébiscite est la meilleure assurance-vie pour le président et les Républicains sont avertis qu’ils ne peuvent pas l’affronter directement.

Le 25 avril, Ivanka est accueillie par des huées et des sifflements au sommet du W20 (Forum du G20 des femmes) à Berlin.

Le 26 avril, les Républicains annoncent qu’ils ont un nouveau projet pour réformer l’Obamacare.

 

Le 28 avril, la Corée du Nord se livre à un nouvel essai de missiles, et la crise s’enflamme entre les deux pays.

Le 29 avril, Donald Trump fête son 100ème jour au pouvoir et le célèbre en participant à un meeting politique en Pennsylvanie, au milieu de ses supporters.

Du 1er au 15 mai 2017 : un peu de hauteur ?

 

Le mois de mai commence par l’annonce d’une future rencontre entre les présidents américain et russe. La décision est prise sur le principe ; il reste à la finaliser.

 

Le 4 mai, c’est une première victoire de taille : la réforme de l’Obamacare est enfin adoptée par la Chambre des représentants.

 

Donald Trump a alors grimpé à 43,5% de popularité : il n’atteindra plus jamais ce cap par la suite (à ce jour*).

Car la chute est sévère et tient à un évènement particulierb : le 9 mai, il renvoie James Comey, le directeur du FBI, dans des conditions rocambolesque et pour un motif qui n’est pas très clair.

 

Le 15 mai, on apprenait aussi qu’il a révélé des informations top-secrètes au ministre des affaires étrangères russe ainsi qu’à l’ambassadeur de Russie à Washington, lorsque ceux-ci sont venus lui rendre visite dans son bureau. Cela faisait vraiment beaucoup pour des Américains qui ont toujours appréhendé les Russes comme des ennemis potentiels.

 

Un sondage publié le 16 mai, et réalisé par Public Policy Polling, a indiqué que 48% des Américains souhaitaient, à cette date, la destitution de leur président.

A partir du 16 mai : des courbes stables

 

Il n’aura donc fallu que 4 mois aux électeurs américains pour finaliser l’opinion qu’il porte sur leur chef d’Etat.

 

La variation dans les courbes de popularité ou d’impopularité n’est pas spectaculaire mais on remarque que tout s’est figé à la mi-mai : la popularité, qui flirtait avec les 45% en début de mandat, varie entre 38 et 42%. C’est une fourchette très basse pour un président en début de mandat, mais pas très éloignée de la côte moyenne des présidents en exercice, qui se situe presque toujours un peu en dessous de 50%.

 

La côte d’impopularité, en revanche, est très inhabituelle, puisque les mécontents forment 20 à 30% du corps électoral. Là, on est passé très brutalement d’un rejet de la part de 41% des Américains à une opinion négative pour 55% des gens, en moyenne. C’est beaucoup.

 

Comprenons bien que ces chiffres sont obtenus à partir de très nombreux sondages, provenant de différents instituts. Tous ne travaillent pas avec les mêmes méthodes, le même échantillon, ou n’observent pas la même période. Pour être complet, sachez que les plus défavorables à Donald Trump le situe aujourd’hui à 33% de bonnes opinions et les plus favorables à 45%. L’écart est assez énorme.

 

L’affaire Comey et, plus généralement l’enquête sur la collusion avec la Russie, a occupé une grande partie de cette seconde moitié de début de mandat. C’est là-dessus que se sont concentrés les gros titres et les articles portant sur les Etats-Unis. Avec toujours la même question : y-aura-t-il un impeachment ?

 

La nomination d’un procureur indépendant, Bob Mueller, le 17 mai, n’a rien calmé.

 

Le 22, le général Flynn a refusé de répondre aux questions de la commission d’enquête parlementaire en invoquant le 5ème amendement, une disposition légale qui l’autorise à ne pas répondre si les réponses peuvent l’incriminer.

 

Le 24, l’ancien directeur de la CIA a déclaré que le partage d’informations avec les Russes était extrêmement stupide.

 

Le 25, c’est le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, qui a été impliqué. On apprendra plus tard que son propre fils est touché par l’enquête.

Du 20 au 26 mai : premier voyage à l’international

 

La visite à Riyad a ouvert ce voyage et on en a retenu les contrats fabuleux signés par les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite : 380 milliards de dollars investis par l’Arabie Saoudite, principalement pour de l’armement et des avions.

Deux jours plus tard, Donald Trump a effectué une visite mémorable à Jérusalem, devenant le premier chef d’Etat américain en exercice à se rendre devant le mur des lamentations. Après une visite éclair en Palestine, et une courte pause au Vatican où le Pape lui a remis trois encycliques sur l’environnement et lui a demandé d’être un ambassadeur de la paix, il s’est rendu en Europe pour échanger avec les leaders de l’OTAN, puis du G7.

L’attente était forte car deux questions étaient en suspens : celle du respect de l’Article 5, qui veut que les pays de l’OTAN s’engagent à défendre tous les autres membre en cas d’attaque extérieure, et celle de l’environnement, avec des chefs d’Etats qui pensaient pouvoir le faire évoluer sur cette question.

 

Il est reparti aux Etats-Unis sans répondre ni à l’une, ni à l’autre.

31 mai : Covfefe

 

Comme il y a beaucoup de tensions autour des actions du 45ème président, on a accueilli avec beaucoup de plaisir la petite pause qu’il nous a accordé le 31 mai. Ce jour-là, il a fait un tweet bien mystérieux : « En dépit de la constante cofveve négative de la presse ». Les internautes se sont beaucoup amusés pendant toute cette journée, la blague la plus courante étant de dire que covfefe était le code nucléaire qu’il avait tweeté par erreur.

Du 1er au 30 juin: un mois de tensions

 

On a bien fait de rire car il a été beaucoup moins drôle le lendemain, avec l’annonce du retrait de l’Accord de Paris. Le monde entier a été abasourdi. Les appels sont venus du monde entier : rien n'y a fait, et il a maintenu sa décision.

Le 8 juin, le pays entier a suivi l’audition de James Comey au Sénat : il y a eu presque autant de téléspectateurs aux Etats-Unis que pour la finale du Superbowl, le championnat de football américain. On était donc dans un état de crise intense.

Le 12 juin, la Cour d’Appel de San Francisco s’est prononcée contre le décret migratoire.

 

Le 16 juin, Donald Trump a renforcé les restrictions de voyage et de commerce avec Cuba.

 

Le 20 juin, le président américain en a appelé à la Chine pour régler le problème nord-coréen. Dans un simple tweet, il a fait le constat que la Chine avait essayé mais que cela n’a pas marché.

 

Le 26 juin, la Cour Suprême des Etats-Unis a donné raison à Donald Trump et lui a accordé les 90 jours qu’il réclamait pour son interdiction de voyage des étrangers, à l’exception de ceux qui peuvent « de bonne foi » prouver qu’ils ont un lien familial aux Etats-Unis.

 

Le 27 juin, les Républicains se sont déchirés au Sénat à propos de la réforme de santé et ont décidé de reporter le vote prévu ce jour-là.

Le 30 juin, l’Amérique ne commentait que les tweets de Donald Trump à propos de deux présentateurs d’une émission matinale. Le président s’en était violemment pris à eux parce qu’ils l’avaient critiqué, et avait expliqué dans un tweet qu’il avait refusé d’inviter la présentatrice « parce qu’elle saignait trop ». Cela renvoyait à l’affaire de Megyn Kelly, en début de campagne, quand il avait laissé entendre qu’elle avait été agressive avec lui « parce qu’elle avait ses règles. »

Du 1er juillet au 11 août : chaos et échec cinglant

 

Le mois de juillet commence également par un scandale, le président ayant tweeté un gif animé (un photo montage animé) dans lequel on le voit frapper un personnage qui s’appelle « CNN ».

 

Le 4 juillet, il s’en prend au dirigeant nord-coréen, Kim Jung Un, toujours sur Twitter, juste après l’annonce d’un nouveau test de missiles et écrit « Est-ce que ce type n’a rien de mieux à faire dans sa vie ? »

 

Le 6 juillet, changement de ton: l’ancien directeur de la CIA, James Woosley, déclare dans la presse que les Etats-Unis sont vulnérables à une attaque majeure depuis de très longues années.

Du 15 au 19 juillet, le président assiste au sommet du G20. Auparavant, il passe par Varsovie où il délivre un discours vibrant "sur la nécessité de défendre la civilisation chrétienne". 

Pendant ce déplacement, il va avoir sa première rencontre en personne avec Vladimir Poutine. Ils décideront d’une action commune en Syrie. Donald Trump résiste également aux autres leaders du monde et leur impose une déclaration qui tient compte de sa vision à propos de son droit à décider –seul– de son propre sort, notamment en matière d’environnement.

Le 18 juillet, le Sénat est dans l’impasse et n’arrive pas à adopter le texte sur la réforme de l’Obamacare.

 

Le 19 juillet, Trump déclare à la presse qu’il n’aurait jamais dû choisir Jeff Session comme ministre de la justice.

Le 21 juillet, son porte-parole, Sean Spicer, démissionne. Donald Trump nomme aussitôt Anthony Scaramucci à sa place.

 

Le 29 juillet, Anthony Scaramucci donne une interview étonnante dans laquelle il insulte Reince Priebus et le conseiller principal de Donald Trump, Steve Bannon.

 

Le 25 juillet, le Sénat ouvre à nouveau les débats sur la réforme de santé. Ce même jour, c’est encore un échec, car il manque 1 voix.

 

Le 28 juillet, Donald Trump écarte le secrétaire général de la Maison-Blanche, Reince Priebus.

 

Le 28 juillet, le Sénat propose une version simplifiée et limitée de la réforme. John McCain vote contre. Il manque encore une vois et c’est encore un échec.

 

Le 1er août, Trump limoge Anthony Scaramucci.

 

Le 2 août, nouveau tir de missiles depuis la Corée du Nord et nouvelle crise. C’est le premier tir de missile intercontinental réussi.

 

Le 3 août, le gouverneur de Virginie Occidentale, Jim Justice, annonce qu’il change de parti politique et rejoint Trump.

 

Le 5 août, Trump quitte la Maison-Blanche pour « des vacances ».

Le 8 août, il annonce que la Corée du Nord risque des représailles de la part des Etats-Unis : il promet alors « le feu et la fureur ».

Du 12 au 25 août: un président raciste ?

 

Le 12 août, une manifestation de suprématistes blancs tourne mal à Charlottesville, en Virginie.

 

Le président déclare qu’il y a de la violence « des deux côtés ». L’Amérique s’enflamme et un débat fait rage sur la place de l’extrême droite, du Ku Klux Klan (KKK) et de tous ces groupes suprématistes dans la société américaine.

Le 15 août, il retweete un dessin d’un train qui écrase un reporter de CNN.

Le même jour, des manifestations éclatent partout dans le pays en réaction à Charlottesville, alors que le KKK remercie le président pour son soutien.

Le 16 août, l’ex-mannequin Hope Hicks est nommée directrice de la communication de Trump.

 

Kim Jong Un, qui a menacé de lancer des missiles sur Guam ce jour-là, renonce finalement. Trump s’en félicite sur Twitter.

 

Le même jour, les chefs d’entreprises qui faisaient partie de ses conseils économiques démissionnent les uns après les autres. Il décide de dissoudre les deux conseils en question.

 

Le 17 août, il lance le débat sur le révisionnisme qui s’est emparé des Etats-Unis et sur le déplacement des statues. Le débat fait rage.

Le 18 août, son conseiller en chef, Steve Bannon, démissionne.

 

Le 22 août, le président annonce une nouvelle stratégie pour l’Afghanistan.

 

Le 25 août, Donald Trump accorde son pardon au Sheriff Joe Arpaio.

 

Ce même jour, un autre conseiller controversé, Sebastian Gorka démissionne à son tour.

Du 26 au 31 août: l’épisode des ouragans

 

Le 26 août, le Texas est frappé par l’ouragan Harvey. Trois jours plus tard, le président est sur place et il fait voter par le Congrès une aide d’urgence de 21 milliards. Il donne 1 million de dollar de son propre argent pour les victimes.

La facture est salée mais la première aide d’urgence englobe l’aide qu’il faut également apporter à la Floride, frappée à son tour par un deuxième ouragan, Irma. Il se rend également sur place dans les trois jours qui suivent.

Du 1er septembre au 12 octobre : la politique reprend ses droits

 

Le 5 septembre, il annonce qu’il demande au Congrès de trouver une solution pour les jeunes immigrants sans papier, ceux du programme DACA.

 

Le 7 septembre, il espère pouvoir éviter une action militaire en Corée du Nord, mais n’est pas optimiste.

 

Le 9 septembre, il lance son programme de réforme des impôts, qui prévoit des coupes sans précédents.

Le 14 septembre, à la surprise générale, il annonce avoir trouvé un accord avec les Démocrates pour faire avancer plusieurs dossiers, donc celui de DACA et la réforme des impôts.

 

Un sondage révèle que la majorité des Américains sont favorables à cet accord (66% d’après Rasmussen).

Ce même jour, il signe une résolution votée à la quasi-unanimité par les deux chambres du Congrès condamnant les groupes suprématistes aux Etats-Unis.

Le 19 septembre, le président déclare devant l’Assemblée générale de l’ONU, médusée, que les Etats-Unis détruiront la Corée du Nord si c’est nécessaire. Il se moque également du leader de ce pays, qu’il appelle « petit homme fusée ».

 

Le 21 septembre, Trump ordonne de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord.

Le 22 septembre, il s’en prend aux joueurs de football qui protestent contre lui en s’agenouillant pendant qu’est joué l’hymne national. Le 24 septembre, plus de 200 joueurs s'agenouillent à travers le pays en réaction aux propos du président.

 

Le 24 septembre, Trump impose de restrictions de voyage aux ressortissants de la Corée du Nord (ainsi que du Venezuela et du Tchad).

 

Le 26 septembre, il demande à la NFL (National Football League) d’intervenir pour faire cesser les protestations des footballeurs.

 

Le 29 septembre, le ministre de la santé Tom Price démissionne à cause d’un scandale lié à des vols en jet privé aux frais du contribuable.

 

Le 30, alors qu’un 3ème ouragan (Maria) a frappé Porto Rico, Trump entre dans une polémique violente avec la maire de Porto Rico. Il mettra 15 jours avant d’aller sur l’île et sera accusé de faire deux poids deux mesures.

Ce même jour, il déclare que sa fille Ivanka ainsi que son mari, Jared Kushner, ont un rôle beaucoup trop important à la Maison-Blanche.

Le 1er octobre, il déclare dans un tweet que Rex Tillerson perd son temps à faire de la diplomatie en Corée du Nord.

Ce même jour, Las Vegas est le théâtre d’une terrible fusillade, qui fera 58 victimes et près de 500 blessés.

Le 2 octobre, Jared et Ivanka font savoir qu’ils réduisent leur rôle à la Maison-Blanche.

 

* Article mis en ligne le 15 octobre 2017

 

__________________________

 

Le paradoxe de ce président si impopulaire et dont le record d'impopularité fait justement tant parler est que la côte en question n'a pas bougé depuis le mois d'avril : il reste étonnamment stable, aux alentours de 40% qui approuvent son action alors que 55% la désapprouvent.

Les Républicains, et surtout ceux qui ont voté pour lui, continuent à le soutenir, quoi qu'il arrive.

 

Pendant la campagne il avait lui-même relevé cette bizarrerie : "Je pourrais tuer un de mes supporters sur la 5ème Avenue. Ils continueraient tous à me soutenir", avait-il fait remarquer.

 

Rien n'a visiblement changé.

---------------------------------------------------suite en page 2 / la présidence de Donald Trump

Commentaires

Aucune entrée disponible
Veuillez entrer le code.
* Champs obligatoires
Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© Jean-Eric Branaa