Les clefs de l'Amérique par Jean-Eric Branaa
Les clefs de l'Amériquepar Jean-Eric Branaa

Rahm Emmanuel, le maire de Chicago

Les médias le surnomment “Rahmbo”. À 55 ans, Rahm Emanuel est l’un des personnages les plus influents de la vie politique américaine. Ancien conseiller de Clinton, ex-bras droit d’Obama, il a été réélu en février 2015 pour un second mandat à la mairie de Chicago, troisième ville des Etats-Unis.

Sa réélection ne devait être qu’une formalité, mais les Chicagoans l’ont contraint à un second tour – une première dans l’histoire de la ville. Le 24 février, Rahm Emanuel n’est pas parvenu à obtenir 50% des voix, payant à la fois son affrontement avec le syndicat enseignant à l’automne 2012, sa décision très impopulaire de fermer une cinquantaine d’écoles il y a deux ans, et la montée de l’insécurité au cours de son premier mandat. Aujourd’hui, il se retrouve à défendre son fauteuil de maire contre un candidat quasi inconnu et du même parti que lui, Jésus “Chuy” García. Il conservera cependant sa place à l’issue du vote le 7 avril.

 

Bouillant d’énergie

Rahm Emanuel est né dans une famille aisée de Chicago. Avec sa soeur adoptive et ses deux frères, il est éduqué selon les valeurs de la religion juive; petit, il part régulièrement en colonie de vacances en Israël, un pays dont il s’efforce de défendre la cause aujourd’hui. Il n’a étudié ni les sciences politiques ni le droit, mais la communication. Après avoir travaillé quelques années auprès du maire de Chicago Richard Daley et à la Maison Blanche, il prend un job dans un cabinet d’avocats, en 1998. Les deals financiers qu’il y passe lui rapportent alors près de 18 millions de dollars selon le New York Times. L’homme est un requin, un combattant infatigable.

Certains disent que s’il met tant d’énergie dans ce qu’il accomplit, c’est parce qu’il lui manque un à la main droite, à la suite d’un épisode très précis de sa jeunesse. À l’âge de 17 ans, Rahm Emanuel passe quatre jours à l’hôpital, inconscient, après que son doigt blessé ne se soit infecté lors d’une soirée lycéenne arrosée. À sa sortie, le jeune homme déclare: “être passé si près de la mort m’a donné l’envie de vivre ma vie.”

 

“Clinton boy”

Il s’engage très tôt en politique et, en 1991, Rahm Emanuel réussit à collecter une somme record pour la campagne de Bill Clinton. Il devint, après son élection, l’un des conseillers politiques de la Maison Blanche, chargé que des questions de politique intérieure. Pourtant il se retrouva à orchestrer la signature des accords d’Oslo, en 1993 – c’est d’ailleurs lui qui est à l’origine de la poignée de main historique entre Arafat et Rabin. La machine était en marche: pendant cinq ans, Rahm Emanuel fut un réservoir à idées pour l’administration Clinton.

L’année dernière, des bruits couraient selon lesquels il s’intéressait de très près au bureau ovale pour 2016. Rumeur que plusieurs démocrates ont aussitôt démentie: “Je n’ai jamais entendu Rahm parler d’une chose pareille”, a affirmé l’un de ses proches collaborateurs, Paul Begala, dans le New York Times. En effet, Rahm Emanuel semble pour le moment concentré sur Chicago – il a d’ailleurs donné son soutien à Hillary Clinton pour l’élection présidentielle de 2016. Rien ne nous dit cependant qu’il ne tentera pas de revenir à la Maison Blanche en 2020… cette fois en tant que grand patron.

 

“Nouveau shérif”

En 2011, à son arrivée à la mairie de Chicago, le bilan de son prédécesseur et ami Richard M. Daley se présente comme un grand défi. La ville souffre d’un énorme déficit public, le chômage est en hausse, le système scolaire défaillant, le taux de criminalité trop élevé: Chicago va mal. Pour la sauver du destin auquel elle est condamnée, Rahm veut la moderniser. Ses premiers mois en fonction, il réduit de 75 millions le budget de la ville, coupe celui des syndicats, déploie 650 policiers dans les rues, recompose entièrement son conseil académique, démarche les entreprises pour relancer l’emploi… “Il y a un nouveau shérif en ville”, dit à l’époque son adjoint Mark Angelson. Mais le nouveau boss ne fait pas l’unanimité: son programme ressemble plus à celui d’un républicain modéré qu’à celui d’un démocrate traditionnel, lui reprochent certains. Malgré le tollé que provoquent plusieurs de ses mesures, Rahm Emanuel poursuit les réformes, pour que sa ville surmonte la crise qu’elle vit au quotidien. Et finalement, l’homme et ses méthodes continuent de séduire les électeurs de Chicago.

 

Lieutenant d’Obama

Connu pour son caractère impulsif et colérique, Rahm Emanuel a été, pendant plusieurs années, le dur à cuire de Washington. Élu représentant de l’Illinois, il sert férocement – ses adversaires l’appellent “Rahmbo” – et efficacement son camp: en 2006, il est l’un des principaux ingénieurs de la reconquête du Congrès par les démocrates.

Et c’est parce qu’il connaît si bien les rouages de la politique américaine que Barack Obama, à son élection en 2008, le désigne secrétaire général de la Maison Blanche. Rahm Emanuel, le fougueux, tantôt insolent, parfois grossier, devient ainsi premier lieutenant du président. Deux ans plus tôt, Rahm Emanuel plaisantait de leur complicité: “[Barack] Obama et moi-même avons beaucoup de choses en commun. Non seulement nous venons tous les deux de l’Illinois, mais nos pères nous ont donné un nom exotique. Sauf que Barack, en Swahili, signifie ‘béni’, et Rahm, grossièrement traduit de l’Hébreu veut dire ‘allez vous faire foutre.’” Les deux hommes se connaissent bien et s’entendent bien. Au service du président, Rahm Emanuel tient le Congrès, guide le navire pendant deux ans. Lorsqu’il présente sa démission pour partir à l’assaut de Chicago en 2010, Barack Obama déclare: “il va beaucoup nous manquer.”

 

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