Les clefs de l'Amérique par Jean-Eric Branaa
Les clefs de l'Amériquepar Jean-Eric Branaa

Elizabeth Warren, la femme de conviction

Elizabeth Warren a 65 ans. Elle est professeur d’économie à la prestigieuse université américaine Harvard et sénateur du Massachusetts. C’est dans son itinéraire personnel qu’elle a puisé les arguments de son engagement pour le contrôle des institutions financières.

 

Née à Oklahoma City, le 22 juin 1949, dans une famille modeste, au cœur de l'Amérique des Grandes plaines, balayés par le blizzard en hiver et les tornades au printemps, Elizabeth Ann Herring a douze ans lorsque son père est licencié du grand magasin où il travaille, après un pépin de santé. La voiture familiale est sacrifiée. Les Herring auraient pu perdre leur maison si la mère d'Elizabeth n'avait pas pris un emploi. Vendeur de tapis, réparateur de voitures, son père change plusieurs fois de métier, raconte-t-elle dans le livre publié en mai dernier, A fighting chance (Une occasion de se battre).  

 

Elizabeth n'aime guère l'école, si ce n'est pour les séances de débat où elle excelle. "Je n'avais pas beaucoup de talent, relate-t-elle dans son livre, sauf celui du combat -pas avec les poings mais avec les mots". Cette disposition lui permet d'obtenir une bourse à l'université George Washington, D.C., dans la capitale, non sans inquiéter sa mère: fréquenter la faculté pourrait l'empêcher de trouver un mari. Elle quitte pourtant l'université au bout de deux ans, à l'âge de 19 ans, pour épouser un ami de lycée, Jim Warren, dont elle divorcera 10 ans plus tard. Mais la vie de femme au foyer l'ennuie rapidement et elle reprend des études de droit tout en élevant ses deux enfants. 

 

Haro sur la finance

Elle s'est fait connaitre pour son engagement contre les abus du secteur bancaire et de la finance. Au moment de l’éclatement de la crise des subprimes aux États-Unis, Elizabeth Warren a dirigé la commission parlementaire chargée de surveiller la bonne utilisation des deniers publics dans le programme de sauvetage des banques. Elle a ensuite créé le Bureau de protection financière des consommateurs (CFPB), un organisme qui lutte contre les politiques bancaires frauduleuses, et contre lequel les banques américaines ont fait beaucoup de lobbying. En septembre 2012, à la convention démocrate de Charlotte, Elizabeth Warren a lancé une harangue sévère contre les banquiers de Wall Street "qui ont ruiné notre économie et détruit des millions d'emplois et se faufilent maintenant au Congrès, sans vergogne, pour demander des faveurs, se comportant comme si nous devions les remercier".

 

Une vidéo a lancé sa carrière

Etonnamment, c’est grâce à une vidéo qu’Elizabeth Warren a connu un succès viral sur Internet. Elle y développe ce qu’on peut appeler la « doctrine Warren » :  « Personne dans ce pays n’a fait fortune seul. Personne ! » dit-elle. «  Vous avez construit une usine ? Tant mieux pour vous. Mais soyons clairs : les routes sur lesquelles vous transportez vos marchandises, nous les avons tous payées. Nous avons tous payé pour l’éducation de vos employés. Votre usine est en sécurité grâce à une police que nous avons tous payée.

Alors voilà, vous avez construit une usine et ça a très bien marché, parfait. Gardez une grosse part de vos gains. Mais une partie du contrat social veut qu’une autre part aille aux prochaines générations. »

 

Les classes moyennes

Engagée pour enseigner à l'université de Houston, puis à Harvard, elle ne s'est pas intéressée pas au droit constitutionnel, à l'instar de Barack Obama, mais aux questions qui touchent les familles modestes comme la sienne. Elle étudie alors le surendettement des classes moyennes et démontre qu'il n'est pas dû à la prodigalité, contrairement aux idées reçues, mais à l'explosion des charges fixes des ménages. 75 % des revenus d'une famille à deux salaires est englouti en remboursement d'emprunts immobiliers, voiture, éducation, santé... Un accident de la vie, la perte d'un emploi, suffisent à faire dérailler le budget familial et à mettre une famille sur la paille. L'endettement des ménages devient sa spécialité.  
 

L’icône de gauche

Après plusieurs années de crise, les discours enflammés d'Elizabeth Warren séduisent les électeurs démocrates déçus d'un parti soucieux, depuis l'ère Reagan, de courtiser les milieux économiques et financiers. Plus elle est crainte à droite, plus elle séduit la gauche du parti démocrate, les classes moyennes, ainsi qu'une partie de l'élite intellectuelle et artistique (Ben Affleck, Matt Damon, Danny de Vito). Elle est sollicitée pour soutenir les candidats démocrates d'un bout à l'autre du pays.

 

Sa renommée croissante aiguise l'hostilité de ses adversaires. L'éditorialiste David Ignatius dénonce "le djihad d'Elizabeth Warren" contre Wall Street; pour la chambre de commerce américaine, elle est "une menace pour le système de libre entreprise", une "dangereuse radicale" pour l'animateur de radio ultra-conservateur Rush Limbaugh. "Les gens de la finance, de la banque, de Wall Street pensent que c'est le diable. Sans hésitation, c'est le diable", vitupère une présentatrice de la chaîne conservatrice Fox Business. 
 

 

Image : http://bit.ly/1Q7Verx

 

 

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