Les clefs de l'Amérique par Jean-Eric Branaa
Les clefs de l'Amériquepar Jean-Eric Branaa

Ben Carson, le rêve américain

Avant le 7 février 2013, Ben Carson était une illustration presque consensuelle du rêve américain. Né en 1951 à Detroit (Michigan) au sein d’une famille modeste, cet Afro-Américain avait poursuivi une carrière météorite jusqu’à devenir l’un des neurochirurgiens vedettes du pays, rattaché au très huppé John Hopkins Hospital de Baltimore (Maryland). Dès les premiers temps de sa carrière dans cet hôpital universitaire de renom, il a été l’auteur de grandes avancées médicales. En 1987, le docteur Carson a dirigé une équipe chirurgicale, composée de 70 membres, qui a réussi à séparer deux jumeaux siamois reliés l’un à l’autre par la tête sans qu’aucun ne décède, ce qui était une première.

Cette trajectoire empreinte de religiosité (il est le fils d’un pasteur de l’Eglise adventiste du septième jour, une chapelle du protestantisme constituée aux Etats-Unis) avait d’ailleurs nourri plusieurs best-sellers et une pluie de décorations et de récompenses, dont la Presidential Medal of Freedom, la plus haute distinction pour les civils, accordée en 2008 par le président George W. Bush. Il s’est fait connaître auprès du grand public avec le film pour la télévision, Des Mains en or (Gifted Hands: The Ben Carson Story) (2009), sur sa vie et ses exploits extraordinaires.

 

Principal orateur d’un rendez-vous annuel de Washington, le National Prayer Breakfast, M. Carson avait exécuté ce 7 février 2013, en moins d’une demi-heure, la politique du président démocrate Barack Obama, assis à la tribune à moins de deux mètres de lui. Une attaque en règle qui lui avait valu les louanges de la presse conservatrice et alimenté les interrogations sur d’éventuelles ambitions politiques, d’autant qu’il avait annoncé un mois plus tard sa décision de mettre un terme à sa carrière professionnelle. L’annonce de sa candidature à l’investiture républicaine, formalisée dans sa ville natale le 4 mai 2015, a constitué l’épilogue attendu de cette offensive.

 

Un homme exemplaire

Depuis 20 ans, le docteur Carson et sa femme, Lacena (« Candy »), dirigent une organisation caritative nationale, le Carson Scholars Fund, qui octroie des bourses universitaires à des étudiants exceptionnels et altruistes, et qui finance des salles de lecture dans des écoles primaires dépourvues de bibliothèques. Ben Carson entend encourager les jeunes à suivre la voie qu’il a lui-même empruntée, autrement dit à appliquer les vertus traditionnelles que sont la discipline, le travail et la foi. Il y a plus de 5.700 étudiants qui bénéficient d’une bourse du Carson Scholars Fund dans les 50 États du pays et le District de Columbia (ville de Washington). En outre, le projet de lecture Ben Carson (Ben Carson Reading Project) a investi quelque 850.000 dollars dans l’aménagement et l’entretien de 88 salles de lecture à travers le pays.

 

Soutien du Tea Party

Franc-tireur, Ben Carson s’est lancé dans la course à la présidentielle de 2016 sans expérience ni soutien en dehors des cercles très conservateurs et souvent proches des Tea Party, que ses livres et ses interventions médiatiques ont fédérés. Sa démarche à cet égard est très proche de celle d’un autre Afro-Américain, Herman Cain, brillant homme d’affaires issu, lui aussi, d’une famille modeste et qui avait professé pendant les premiers mois des primaires républicaines un mélange de libéralisme économique et de conservatisme social avant que son amateurisme et surtout d’embarrassantes accusations de harcèlement sexuel mettent un terme à ses ambitions.

 

Conservateur, conservateur, conservateur

Conservateur, Ben Carson l’est jusqu’à la caricature lorsqu’il s’agit notamment d’homosexualité, qu’il associe à la bestialité, ou de la réforme de santé de M. Obama, qualifiée de pire fléau pour les Etats-Unis depuis l’esclavage. Mais c’est précisément ses positions éloignées du consensus qui lui valent de figurer à la hauteur des candidats déjà déclarés à l’investiture, comme les sénateurs Rand Paul (Kentucky) et Ted Cruz (Texas) dans les sondages mesurant les intentions de vote. Un rang flatteur compte tenu de la modestie de ses lettres de créances politiques.

 

Ben Carson (Ben Carson Reading Project) a investi quelque 850.000 dollars dans l’aménagement et l’entretien de 88 salles de lecture à travers le pays.


 

 

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