Les clefs de l'Amérique par Jean-Eric Branaa
Les clefs de l'Amériquepar Jean-Eric Branaa

Filibuster

La procédure du filibuster est une technique d’obstruction parlementaire, destinée à retarder ou, dans les cas plus rare, empêcher un vote sur un texte de loi controversé. Un sénateur ou un sénatrice américain qui s’illustre dans une tentative d’obstruction parlementaire prend la parole pendant des heures et des heures afin d'empêcher le vote d’une loi.

 

C’est généralement une véritable performance, quasi-sportive. Car le règlement est très strict : interdiction d'aller aux toilettes, de manger, de boire, de s'asseoir, de s'appuyer sur son bureau ou de changer de sujet. Après trois rappels à l'ordre, l'orateur est obligé d'abandonner. Parfois, l'interruption d'un filibuster est quand même une petite victoire, quand il est trop tard pour voter et que les débats sont renvoyés au lendemain.

 

Dans tous les cas, cela permet de mettre un coup de projecteur sur le problème qui se pose et de le partager avec tous les Américains : les médias raffolent en effet de ce type de combats et ne se privent pas de s’en faire l’écho.

 

Un peu d’histoire

Cette pratique d’obstruction est un grand classique de la vie parlementaire américaine. A l’origine, le terme de "flibustiers" désignait les aventuriers américains cherchant à renverser les gouvernements d’Amériques centrales. Il faudra attendre 1953 pour qu’il entre dans la sphère politique lorsque le sénateur Wayne Morse tenta, pour la première fois, d'empêcher l'adoption d'une loi en parlant pendant plus de 22 heures ! La règle en vigueur interdisait au président du Sénat d’interrompre un sénateur durant un discours. Wayne Morse usa (et abusa ?) de cette règle en lisant… le bottin !

 

Le record

Le record est cependant détenu par le démocrate Strom Thurmond qui, en 1957, a réussi à parler pendant 24 heures et 18 minutes pour bloquer le passage de la loi pour les droits civiques permettant aux noirs de voter (ses collègues avaient profité d'une disposition du règlement pour lui permettre d'aller se soulager au bout de plusieurs heures, avant de recommencer de plus belle).

 

Toujours aujourd’hui

Plus récemment, en juin 2013, la sénatrice Wendy Davis a ainsi tenu 11 heures pour combattre une loi qui prévoyait d'interdire l'avortement après 20 semaines de grossesse et de durcir les conditions d'exercice pour les cliniques pratiquant l'IVG.

 

Rand Paul a utilisé deux fois cette technique : en 2013, également, il a parlé pendant 12 heures et 52 minutes pour bloquer la nomination de John Brennan au poste de directeur de la CIA. En commençant, il voulait protester contre le manque de transparence du programme d'assassinats ciblés par drones, dont John Brennan est à l'origine, et voulait plus précisément que la Maison Blanche affirme officiellement qu'elle n'utiliserait pas ces drones sur le territoire américain. Pour lui aussi, c’est la privation de toilettes qui l’a fait craquer.

 

Le 20 mai 2015, il a réitéré, sans battre son record, cependant : 10h 30 mn de parlottes  pour combattre la prolongation du Patriot Act pendant 2 mois.

 

 

 

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