Les clefs de l'Amérique par Jean-Eric Branaa
Les clefs de l'Amériquepar Jean-Eric Branaa

La légalisation du cannabis

Cette question promet de vraies confrontations pendant la campagne de 2016. Elle est apparue très brutalement sur la scène politique américaine et aucun des candidats en course pour la Maison-Blanche ne s’est encore déclaré ouvertement favorable à la légalisation du cannabis.

Il y a un vrai clivage qui commence à se dessiner et de tous les problèmes tournant autour des addictions, cette question pourrait pourtant bien prendre une importance encore insoupçonnée.

 

C’est légal dans certains Etats

Il faut dire que les Etats-Unis ont déjà un débat bien avancé à ce propos, bien qu’il soit très récent : en novembre 2013, deux Etats américains, le Colorado et l’Etat de Washington, ont proposé aux électeurs de se prononcer par référendum sur la légalisation de la consommation récréative du cannabis, et le résultat a été positif. Le 1er janvier 2014, une loi est donc entrée en vigueur dans chacun des Etats, qui est venue frapper de plein fouet la législation fédérale qui, elle, l’interdit. On peut donc techniquement acheter légalement du cannabis dans ces Etats et être tout aussi légalement mis en prison par des autorités fédérales.

 

Le Président Obama a tout de suite cerné le problème et a tenté de le circonscrire tant bien que mal en donnant des instructions aux procureurs fédéraux pour qu’ils n’aient pas la mauvaise idée de faire du zèle et d’appliquer la loi fédérale face à la loi locale dans ces quelques Etats.

Le 4 novembre 2014, trois nouveaux Etats (Alasla, Floride, Orégon) , et la capitale fédérale, Washington, D.C., ont à leur tour proposé des référendums sur le même thème : seule la Floride a repoussé la proposition, fusse à des fins médicales. Le oui l’avait tout de même emporté à 57%, mais il faut atteindre un seuil de 60% dans cet Etat pour faire adopter une loi par la voie référendaire.

 

Le débat monte

Dans 15 autres Etats l’usage et le commerce pour raisons médicales sont légaux (Arizona, Californie, Connecticut, Delaware, Illinois, Maine, Maryland, Massachusetts, Michigan, Montana, Nevada, New Jersey, Nouveau Mexique, Rhode Island et Vermont.). «Il est clair que les Américains veulent une réforme de la marijuana», estime High Times, une analyse partagée par beaucoup de journaux très sérieux, dont le Washington Post.

 

Le débat commence maintenant à monter à travers les Etats-Unis et chacun affute ses arguments sur les incidences sur la santé et sur l’économie. Barack Obama a été interpellé sur cette question lors d’un voyage en Jamaïque début 2015 : «Comme cela a été révélé, j’ai fumé de l’herbe lorsque j’étais enfant et je considère cela comme une mauvaise habitude et un vice, pas très différent de celui des cigarettes que j’ai fumées lorsque j’étais jeune et jusqu’à un âge avancé de mon existence d’adulte,» a-t-il répondu. Avant de compléter: «Le cannabis ne me parait pas plus dangereux que l’alcool

 

Certains démocrates très influents, comme John Morgan, un des principaux donateurs de Californie poru la campagne d'Hillary Clinton, sont très impliqués dans la campagne pour la dépénalisation, ce qui complique beaucoup les choses pour la candidate qui, elle, n'est pas vraiment en faveur de cette solution. "Il faut laisser les Etats faire des expérimentation," a-t-elle simplement indiqué. Pour John Morgan, ce problème est plus personnel: son frère est gravement malade et consomme de la marijuana pour raisons médicales. Il est donc favorable à ce que la loi change.

 

Les opposants

Cet avis n’est pas partagé par tout le monde et, en Floride, le milliardaire Sheldon Adelson a investi 5 millions de dollars pour combattre la mesure. On dit que son fils serait mort d’une overdose et que son combat serait donc également très personnel. Cela expliquerait que les arguments ne sont pas toujours très politiques ou médicaux: «Voulez-vous vivre dans un monde où le prof fume du cannabis, en a dans sa poche, et pourrait en proposer à vos enfants?», pouvait-on entendre pendant la campagne de 2014 en Floride.

 

Bill Graham, directeur du centre d’études des questions publiques de l’université de Floride, s’en est désolé: «C’est une question sérieuse qui exige un échange sérieux avant que les gens ne puissent se faire une idée. Autrement, cela devient une grande blague

 

Depuis l’été 2014, Hillary Clinton a exprimé à quelques reprises que pour des raisons médicales la légalisation pouvait être envisageable. Mais, en 2008, elle s’était au contraire prononcée fermement contre la dépénalisation. Une certaine évolution, donc.

 

Les républicains de leur côté, Jeb Bush en tête, y sont toujours farouchement opposés. Lorsqu’il était gouverneur de Floride, Jeb Bush a mené une lutte très sévère contre l’usage de la drogue et il avait choisi un ancien colonel de l’armée, James McDonough, pour prendre la tête de l’administration qui en était chargée.

Plusieurs Etats, dont la puissante Californie, prévoient d’organiser un référendum sur cette question, en même temps que la présidentielle, et la campagne a déjà commencé. De quoi allumer la mèche. Aujourd’hui, tous les sondages indiquent quel les Américains souhaitent majoritairement la dépénalisation. Débat à suivre.

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